Je vous remercie de tant de protestations d’amitié que vous me faites. Mes premiers présents ne méritent pas de tels remerciements. L’Encyclopédie d’Alstedius [2] est un fort bon livre composé de plusieurs pièces contenant toute la philosophie théorique et pratique. [1] Je connais fort bien cet auteur qui a été un homme de grand mérite et que j’estime beaucoup. Les acigniens [3][4] sont une race de gens haïs de Dieu et du monde, qui ont dans la chrétienté fait plus de mal que Luther [5] et Calvin. [2][6] Ils ont ici depuis peu tant pateliné et flatté le Mazarin [7] qu’il a donné pour confesseur au roi [8] leur P. Paulin. [3][9] Ce sont des gens qui chassent de haut vent [4] et comme a dit Petrus Aurelius, [10] qui les connaissait, flatteurs de tout le monde et ennemis de tout le genre humain. [5] Cette année a été fertile en morts de savants hommes : Famien Strada [11] est mort à Rome, Vittorio Siri [12] à Venise, Iohannes Gerardus Vossius [13] à Amsterdam, [14] M. Nicolas Piètre [15] et M. Hérauld [16] à Paris. [6]
Toute ma famille est en bonne santé, Dieu merci. Mon aîné [17] a été fort malade par sa faute, mais il en est échappé. Mon Carolus [18] étudie en droit, mais j’aimerais bien mieux qu’il employât son temps à la médecine où je le trouverais plus propre. Je l’en entretiens souvent et il en saurait bientôt plus que son aîné. [19] Enfin, j’aimerais mieux qu’il fût médecin que légiste, je lui apprendrais beaucoup de fines observations. Je vous remercie de vos fromages de Roche, [7][20] et je ne vous demande autre présent que vos bonnes grâces et suis, etc.
De Paris, ce 2d de novembre 1649
"Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron." est mis à disposition selon les termes de la
licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.