Réunion de la SFHM le 13 novembre 2026
Académie nationale de médecine, 16, rue Bonaparte, Paris VI, 14h-17h30
Métro, stations Saint-Germain-des-Prés et Mabillon – Bus, lignes 39 et 95
Les débuts de la radiologie et de l’utilisation de la radioactivité à des fins médicales
Cinq communications de 20 minutes (14h-16h30)
- Jean-François HUTIN – La découverte des rayons X. Le premier « buzz » de l’histoire des sciences
Cette communication se propose de revenir sur le premier mois qui suivit la publication de Wilhelm Röntgen (fin décembre 1895) à partir des archives du musée de la radiologie de Remscheid (Allemagne). Au cours du mois de janvier 1896, la nouvelle de cette découverte se propagea en effet comme une trainée de poudre dans les milieux scientifiques, permettant la réalisation de radiographies dans tous les pays industrialisés avant la fin du mois, mais aussi dans le grand public. - Pierre THILLAUD – Paléopathologie et radiologie : une association aussi précoce que durable
En associant la médecine à l’histoire et l’anthropologie à l’archéologie dans son étude des restes humains anciens, la paléopathologie se donne pour objet de mieux connaître l’histoire naturelle des maladies, les conditions sanitaires et les modes de vie des populations anciennes ou disparues. Elle demeure toutefois fille de médecine. Fille discrète mais très opportuniste, toujours prompte à se saisir des concepts et des techniques médicaux les plus novateurs. Quelques semaines après l’obtention par Wilhelm Röntgen, fin décembre 1895, de l’illustre radiographie de la main de son épouse, W. König expose aux rayons X un lot de momies égyptiennes, associant durablement la paléopathologie à la radiologie puis à l’imagerie médicale dans une relation particulièrement féconde. - Jules PATAUD – Les débuts de la radiologie militaire
La découverte des rayons X par Wilhelm Röntgen en 1895 fut une révolution pour les sciences médicales, étant à l’origine d’une nouvelle spécialité, la radiologie, aujourd’hui largement répandue et indissociable de la pratique clinique. Si pour le philosophe grec Héraclite, la guerre est « mère de toutes choses, reine de toutes choses », c’est notamment sur la scène militaire que la radiologie sut rapidement rendre de précieux services.
Pour quelles raisons utiliser les rayons X en guerre ? Devant la constante évolution des techniques d’armement au cours du XIXe siècle, les blessures engendrées devinrent de natures différentes. Les anciennes balles en plomb furent remplacées par de l’acier, à l’origine d’une cinétique balistique importante et de tirs puissants. De ce fait, les divers projectiles pénétraient dans le corps à travers une porte d’entrée de petite taille avant de se loger en profondeur, compliquant la tâche du chirurgien. Dès les derniers conflits armés du XIXe siècle, les rayons X furent ainsi utilisés afin de localiser avec précision les projectiles à l’intérieur du corps.
De la Guerre d’Abyssinie à la Guerre Russo-Japonaise, en passant par le conflit Gréco-Turc ou encore la campagne du Tirah, la radiologie rendit de précieux services sur la scène militaire dès 1896. La guerre hispano-américaine de 1898 fut notamment à l’origine d’un des premiers manuels radiologiques, publié par William Borden en 1900, détaillant le fonctionnement et l’utilisation d’une unité radiologique en guerre, mais aussi les premiers effets néfastes observés, telles que les radiodermites. Quelques années après, la Première guerre mondiale fut à l’origine d’un développement considérable de la spécialité naissante. Avec l’installation de postes fixes, de voitures radiologiques mobiles, la formation des médecins et la création du métier de manipulateur, la radiologie devint un atout dont aucun médecin ne pouvait plus se passer en 1918. - Dimitri PAPATHANASSIOU – Au-delà de la Röntgenlogie : l’autre science des rayons au service du diagnostic
En parallèle du développement de la radiologie à la suite de la découverte des rayons X, l’utilisation de la radioactivité à des fins médicales a progressé tout au long du XXe siècle pour aboutir à la médecine nucléaire actuelle.
Henri Becquerel a découvert la radioactivité en 1896, dans le cadre de travaux qui font suite à ceux de Röntgen. Cette avancée majeure s’inscrit dans le cadre d’une époque féconde en bouleversements scientifiques qui ont fondé de nouvelles connaissances sur la matière, notamment avec les Curie, Bohr, Rutherford : radioéléments, nature de l’atome et du noyau, radiochimie. La découverte de la radioactivité artificielle (Joliot et Curie) en 1934 ouvre la voie à une maîtrise permettant de produire des radioéléments particulièrement adaptés à la médecine (iode 131 et technétium en 1938).
Le chimiste Georg von Hevesy utilise pour la première fois la radioactivité dans un contexte biologique en étudiant en 1923 la cinétique d’isotopes radioactifs dans des plantes, conduisant à ce que lui soit attribuée la paternité de la médecine nucléaire.
Après quelques applications en biologie, physiopathologie et thérapeutique, les premières images montrant la répartition de radioéléments dans l’organisme sont obtenues avec le scintigraphe (Cassen, 1951) et la gamma-caméra (Anger, 1958). La médecine nucléaire, déjà proche de sa forme actuelle depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale pour ses applications concernant la thyroïde, se développe alors en tant que modalité d’imagerie, et se positionne progressivement comme imagerie fonctionnelle à côté des progrès de l’imagerie morphologique utilisant les rayons X puis les ultrasons, puis la résonance magnétique. Les progrès techniques (détection des radiations, traitement du signal, traitement des images) conditionneront les applications pratiques jusqu’à nos jours : les images tomographiques se sont développées depuis les années 1960, au rythme des progrès des ordinateurs ; les images obtenues avec des émetteurs de positons, apparues dès le milieu des années 1970, attendront la décennie 1990 pour une utilisation médicale courante qui n’a cessé de se développer depuis ; l’imagerie multimodale combine désormais quotidiennement les images fonctionnelles et métaboliques avec des images morphologiques.
Cent-vingt ans après la découverte de Becquerel, les applications de la radioactivité à la médecine continuent à faire bénéficier les malades de nouveaux examens et de nouveaux traitements. - Jacques CHEVALLIER – Une cosmétologie « radioactive »
Sur une période assez courte, 1910-1937, la popularité de la radioactivité en France puis dans le monde, son caractère mystérieux, miraculeux quoique invisible, son potentiel énergétique supposé, vont être à l’origine de son utilisation en médecine et dans beaucoup de produits cosmétologiques !
Henri Becquerel va suivre l’évolution d’une rougeur puis d’une brûlure sur sa peau après avoir oublié un tube de radium dans une poche de son gilet ! Cela sera à l’origine de l’utilisation de la radioactivité pour traiter des lésions cutanées : tumeurs dès 1901, verrues ou autres dermatoses, acné, herpès, eczéma… Le radium sera également prescrit ou utilisé par les médecins pour traiter les rhumatismes, la sciatique, le diabète ou l’hypertension !
Au début des années 1930, un laboratoire parisien, Tho-Radia, formule des produits cosmétiques à base de thorium (pourtant garanti sans effet radioactif !) et de radium, « selon la formule du docteur Alfred Curie ». La légitimité des prix Nobel est évidemment utilisée par l’utilisation de ce prête-nom. Le slogan d’une publicité affirme « La science a créé Tho-Radia pour embellir les femmes. À elles d’en profiter. Reste laide qui veut ! »
À la fin des années 1930, thorium et radium vont disparaître des compositions de la gamme : la « cosmétologie radioactive » (Tho-Radia, Ramey, Activa, Radiocrèmeline, Microradium, Alpha-radium, Radiumelys, Iradium de Dixor, Radior, etc.) n’aura duré que moins de dix ans.
Conseil d’administration de la SFHM (16h30-17h30)