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La gravure de l' " âne-pape " de Cranach (l'Ancien) montre cet être extravagant, avec sa tête d'âne, sa poitrine et son ventre féminins, ses écailles de poisson recouvrant les membres et le cou, une figure diabolique implantée sur la hanche et voisinant avec une tête de dragon. Ce monstre se détache sur une représentation, au deuxième plan à gauche de la demeure papale (le château Saint-Ange) surmontée de la bannière portant les clés de St Pierre (l'étendard de la papauté). L'âne-pape, qu'interprète Melanchthon, témoigne, par son étrange constitution, de l'importance et de la variété des corruptions de la papauté et du clergé. Que l'évêque de Rome, chef de l'Eglise, soit représenté avec une tête d'âne et des parties d'animaux faisant allusion à la " brutalité des instincts ", dit la violence de l'attaque.

Selon l'interprétation qu'en donne Luther, le " veau-moine " porte dénonciation de l'hypocrisie des moines catholiques. Ses oreilles saillantes dénoncent la confession auriculaire et sa langue condamne les paroles affectées et frivoles des moines. Selon les deux prédicateurs réformés, qui se défendent d'être des prophètes, ces deux monstres annonceraient la chute prochaine de l'Eglise romaine.

Paré
p. 1037

Dissocié de son interprétation symbolique, le "veau-moine" a notamment été inséré inséré dans le livre de Rüff sur la génération, puis dans les ouvrages de Lycosthenes et de Boaistuau, avant de figurer dans le traité de Paré sur les Monstres et prodiges. Paré indique que ce monstre avait "quatre pieds de bœuf, les yeux, la bouche et le nez semblables à un veau, ayant dessus la tête une chair rouge en façon ronde, une autre par derrière, semblable à un capuchon de moine, ayant les cuisses déchiquetées". Les stries sur les cuisses représentent les déchirures de la peau.

   

Avec l'âne-pape, mais sans la demeure papale , il sera repris par Lycosthenes, puis dans le traité de Liceti et, via le théologien catholique Arnauld Sorbin, dans l'Histoire des monstres d'Aldrovandi.

Aldrovandi
p. 371
Aldrovandi
p. 368