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Le traité sur les monstres, avec un titre modifié, Des monstres et des prodiges, est ensuite inclus dans l'édition des Œuvres de Paré qui paraît en 1575, est augmentée en 1579, puis en 1585, date de la dernière édition revue par l'auteur. Le changement de titre qu'opère Paré en passant Des monstres tant terrestres que marins à Des monstres et prodiges, témoigne de l'extension de son projet, puisque Paré ajoute en particulier un chapitre sur les "monstres célestes" afin d' "instruire le jeune chirurgien à la contemplation des choses célestes". Mais ce changement de titre, les modifications et les ajouts au livre témoignent aussi, chez Paré, de l'attitude remplie d'une admiration parfois teintée de crainte envers la Nature qui se montre capable de produire des "monstres" et des "prodiges". Selon Paré, "monstres sont choses qui apparaissent outre le cours de Nature (...) comme un enfant qui naît avec un seul bras, un autre qui aura deux têtes, et autres membres outre l'ordinaire. Prodiges, ce sont choses qui viennent du tout — c'est-à-dire entièrement — contre Nature, comme une femme qui enfantera un serpent, ou un chien..." Plus que cette distinction, que Paré ne respecte guère, ce qui importe, c'est la relation des monstres avec la Nature, et le fait qu'ils s'y inscrivent parmi les "signes" qui problématisent la relation entre l'homme et Dieu. Liés à la théologie plus qu'à la philosophie, reposant sur des mythes et légendes, véhiculés par des recueils d'histoires fabuleuses, relayés par les récits des voyageurs de retour des terres éloignées et des mers lointaines qui subissent l'influence d'autres cultures, les monstres fascinent aussi médecins et chirurgiens. Leur singularité provoque la faculté de s'étonner devant les "merveilles" et "raretés" de la Nature qui, aux seizième siècle et pendant la première moitié du dix-septième siècle, semble au moins aussi vive que dans les écrits de Saint Augustin. La Nature apparaît encore comme une incroyable réserve de "merveilles", de monstres et d'Histoires prodigieuses, pour reprendre le titre du livre de P. Boaistuau, dont Ambroise Paré s'est largement inspiré pour rédiger et faire illustrer son traité Des monstres et des prodiges. Le chirurgien recueille toute une tradition d'ouvrages et d'affiches concernant les monstres et y joint des observations personnelles. Au fil des modifications et ajouts pour les rééditions, le but de Paré est resté identique à celui qu'il avait indiqué au duc d'Uzès en lui dédiant, en 1573, ce livre avec "figures et portraits" : faire "reconnaître la grandeur de nature, chambrière (c'est-à-dire servante) de ce grand Dieu". Cette attitude explique que les gravures prennent le pas sur les descriptions, les explications et l'énoncé des causes des monstres. |